Freelance : écrire est un métier, évitons de le brader

Tout juste libéré de la pesanteur du CDI et du confortable salaire qui allait avec, je déboule fringant dans le monde de la recherche d’emploi. Avec mon CV de cadre dans la presse régionale, je suis confiant. Certes, la presse est en crise, mais mes compétences sont transférables…

Ecrire est un métier


Les conseillers Pôle Emploi et autres professionnels de la reconversion n’ont pas jugé utile d’entretenir l’illusion : compte tenu de mon âge, mon « taux d’employabilité » est de zéro. D’autant que journaliste, comme métier, ce n’est pas l’atout maître. Mes quelques idées de reconversion dans les domaines qui occupaient jusqu’ici mes loisirs s’étant vite révélées vouées à une faillite rapide, il reste une solution : devenir freelance.

Dans quel domaine ? Un bilan de compétences et beaucoup d’introspection plus tard, une évidence émerge : l’écriture reste un savoir-faire dans lequel j’ai de quoi faire face à la concurrence des plus jeunes. D’autant qu’en dépit de mon âge, je n’ignore pas les particularités de l’écriture web.

Plateformes et portage salarial

Me voilà donc lancé dans l’exploration des plateformes spécialisées. Au terme de quelques jours de benchmarking frénétique, je finirai par m’inscrire sur Malt et Coworkees. La première parce que sa fréquentation en fait une sorte de « place to be » (Malt annonce 110000 freelances et 90000 clients), la deuxième (Coworkees réuni quand même près de 15000 freelances) parce que son côté start-up, son positionnement haut de gamme et surtout son ouverture sur le marché de la Suisse francophone m’intéressent vivement. Son partenariat avec Baya-Consulting me permet par ailleurs de me lancer en profitant du confort du portage salarial. Un choix – le portage salarial – qui, en m’imposant un minimum de facturation à 250€ HT/jour, m’interdit par ailleurs de brader le métier.

A ce tarif là, autant acheter un bon vélo et s’inscrire sur Deliveroo!

Car, en sautillant d’une plateforme à l’autre au fil de mes recherhes, je suis passé par Redacteur.com. Ici, on ne met pas ses compétences en avant, le freelance répond à des appels d’offre. Le premier contact est encourageant :  9631 propositions actives sur le site ce dimanche soir. De tout. Des billets de blog, des catalogues, des « actualités à reformuler » (je n’ose imaginer qu’il s’agit d’alimenter un site d’actu en pillant les confrères)… Comme chez Uber ou Deliveroo, les tarifs sont fixés par la plateforme et non négociables. Ainsi puis-je espérer gagner 40€ en « reformulant » 16 dépêches de 200 mots chacune. Soit 2,50€ par dépêche de 200 mots. Les quatre articles réclamés par l’auteur d’un blog de bricolage (500 mots chacun) sont mis à l’encan à 6,38€ pièce. 25,52€ au total. Sachant que pour rédiger proprement un article de 500 mots, il faut une bonne demi-journée de travail, la rémunération est de l’ordre de 2€ de l’heure. Et encore faudra-t-il là dessus payer l’URSAAF. Comme chez Uber, le freelance est ici autoentrepreneur. Pourtant 20 candidats sont positionnés pour rédiger les fameux articles du blog bricolage. Et ils sont 29 freelance super-motivés pour « reformuler des actualités » à 2,50€ la pièce. Que le meilleur gagne !

Mais je ne saurai trop leur conseiller d’investir dans un bon vélo et de s’inscrire sur Deliveroo ou Uber Eat. Ils feront de l’exercice et éviteront de laisser penser que l’on peut produire des textes de qualité à ces tarifs là.

Une réponse sur “Freelance : écrire est un métier, évitons de le brader”

  1. Bonjour Pascal,
    merci pour ce partage d’expérience. Des propos et des humeurs que je rencontre également dans la communication et la formation. Les compétences ne devraient en aucun cas être bradées. Bon courage et au plaisir de vous lire.
    Sylvie

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